Parfois, il suffit de peu de choses pour se sentir bien. Suffisamment bien pour que le temps suspende son envol, et que nous puissions nous retrouver en paix, là, assis au coin du feu, avec dans l'âtre quelques flammes langoureuses s'attardant à lécher de leur douce chaleur des morceaux de chêne à moitié consumés.
Souvent une flammes plus hardie que les autres s'aventure dans les petits interstices du bois le faisant crépiter doucement. Et puis la flamme devient plus entreprenant, grandie sans que l'oeil alanguie ne s'en rende compte, tant et si bien que bientôt l'âtre si calme et reposant est peu à peu envahie par une flambée pleine de vie, ponctuée par de multiples petites explosions faisant chacune jaillir une gerbe d'étincelles, minuscule feux d'artifices, égayant la pièce de leurs jeux de lumières.
Les objets s'animent, projetant leurs ombres dans une valse tantôt lente tantôt rapide, au grès des flammes. Ici une cuillère oubliée sur la table se transforme en Gitane virevoletante. A peine quelques pas de danse esquissés, elle disparaît dans la pénombre, moment furtif, qu'un oeil attentif ne suffit pas à capturer.
C'est alors que s'agitent tous les bibelots entreposés sur la bibliothèque, devant les livres, c'est derniers devenant une scène de théâtre où se jouent milles drames et comédie. Les plus grands auteurs sont là, pour contempler le spectacle de ces objets sans vie, pourtant habités par la flamme. Ils contemplent ces acteurs improvisés donnant vie à leurs oeuvres.
Ici, une tirelire et un bougeoir reprennent à leur compte
En attendant Godot, et l'auteur, attentif se délecte de cette mise en scène éphémère et magique.
La c'est un globe et une paire de lunette qui s'agitent. Ils improvisent une adaptation burlesque de
l'avare. Si les mots ne sont pas toujours ceux de l'illustre dramaturge, mais l'esprit est bien là !
A peine le temps de finir le premier acte que déjà le rideau tombe. Le spectateur, confortablement installé ne s'est pas rendu compte que les bûches s'étaient toutes consumées, sonnant par la même le glas de son petit théâtre des chimères. Hélas pour la journée la magie est brisée. Il faudra maintenant se contenter des livres redevenus simple objet pour que l'esprit puisse à nouveau s'échapper !