Un livre choisi au hasard d'un étalage sur un malentendu. Je pensais prendre un roman, une fiction avec pour thème principale le milieu carcérale, et attiré par la couverture de ce titre, je me retrouve à le prendre sans même prendre le temps de lire le résumé.
De retour à la maison, et une fois le précédent ouvrage terminé (
Un objet en souffrance fiche ici), je décide de me plonger dans ce bouquin, dont l'auteur m'étais par ailleurs inconnu.
Qu'elle ne fut pas ma surprise au bout de quelques lignes ! Non, ceci n'est pas un roman, ceci est un pamphlet, un "livre d'actualité", genre littéraire ne trouvant généralement pas grâce à mes yeux... La littérature est un moyen d'évasion, pour plonger dans les malheurs du monde, il suffit d'allumer la télévision et de se faire une bonne petite séance de 20 heures... et hop, du malheur, du voyeurisme, du bon préjugé bien sirupeux en veux tu en voila...
Déjà ça commence mal ! Mais quand même, je décide contre toute attente de pousser un peu plus loin ma lecture, parfois il faut se faire violence !
Au fil des pages, nous suivons René Frégni dans son quotidien d'auteur, mais aussi de père. Quotidien également marqué par ses visites en prison dans lesquelles il anime des ateliers d'écritures plébiscités par les détenus qui voient la une occasion d'échapper à leurs cellule.
Et tout dérape, bêtement, comme l'est un accident. Un service rendu, une dispute, et l'engrenage de la violence, le refuge offert par d'anciens détenus devenus amis et la suspicion.
Que peut bien faire un écrivain et un ancien détenu en passe de devenir quelqu'un dans le milieu marseillais ? Est-il inconcevable que l'on puisse être ami avec quelqu'un que l'on sait par ailleurs être borderline ? Comment, alors que l'on est opposé à la violence on en vient à décider la mort d'un homme censé représenter la justice en France !
Tel est le cheminement que vous propose cet ouvrage, par ailleurs fort bien écrit, témoignage à la manière d'un roman ! On se laisse facilement prendre dans ce torrent, effrayante machine judiciaire, capable de broyer un homme, de le transformer en criminel sans même le juger... Une descente aux enfers ordinaires, qui a leurs du tout répressif et des dérives sécuritaires pousse à réfléchir : et demain ce sera moi ?
"
Un homme que je ne connaissais pas est entré dans ma tête et à tout balayé. Je ne trouve plus mes mots, j'ai perdu mon métier. N'importe qui peut entrer dans votre tête à tout moment et vous dévorer le cerveau..." une véritable tumeur.
Tous les jours, le mot "sécurité" et ses dérivés sont employés des dizaines de fois dans toutes les rédactions de France et de Navarre... Sujet à la mode, et oui, que voulez vous, la peur fait vendre tout et n'importe quoi. Tant et si bien qu'on oublie qu'en 2009, 600.000 gardes à vues ont eu lieu, chiffre minoré pour certains de 20 à 30%, car ne prenant pas en compte celles prononcées pour des délits mineurs, notamment les infractions routières... 1% de la population française.
Peut-on parler d'insécurité judiciaire ? N'oublions pas que nous sommes tous des délinquants en puissance. Il est facile de condamner par avance, d'affirmer que les détenus méritent leurs sort et donc n'ont droit à aucun égard, ne les a t-on pas privé de liberté pour protéger la société ? Pourquoi faudrait-il en plus que les prisons ressemblent à des hôtels ! Soyez rassurez brave gens, les prisons sont bien loin d'être des hôtels, et les quelques rares image de maison d'arrêt proposées au 20 heures sont généralement celle de prison neuves, bien loin des conditions réelles de détention.
Mais je m'égare et digresse bien loin du sujet initial la littérature...
Tout de même, un petit lien sur le sujet inquiétant des gardes à vues, sur le blog Dalloz, éditeur des codes éponymes :
Garde a vue : la France hors la loi !